Balades Boursignoles

Bruno Cauwe – Carnets de Photographie

Je passe au plein format !

Voilà quelques temps, Yoda m'avait mis entre les mains un de ses boîtiers "plein format". Je dois reconnaître que j'étais tombé sous le charme de cette technologie. Celle-ci repose sur un capteur plus grand que le capteur APS-C qui équipe mon Canon EOS 650D, un format 24 mm x 36 mm en fait, les mêmes dimensions que la pellicule argentique. Pour un nombre équivalent de pixels, un capteur plein format est doté de photosites plus grands, et dès lors plus sensibles, offrant une meilleure restitution des détails et une plage dynamique plus étendue. Le plein format (dites "full frame", ça fait bien dans les salons) permet également d'atteindre des profondeurs de champs plus courtes avec des transitions plus douces entre zones nettes et floues. Le plein format donne accès à des bokehs (ça aussi ça fait "branché" dans les salons) tout en rondeur. Pour en tirer toute la quintessence, il faut cependant lui adjoindre des optiques de qualité et il ne faut pas perdre de vue que l'on perd le "crop factor" de 1,6, propre au capteur APS-C qui "transforme" un 200 mm en un 300 mm. (source : Darth's blog - "Plein format vs APS-C...").

A côté du couple objectif - boîtier il ne faut pas oublier, bien sûr, celui qui se tient derrière le viseur. C'est lui avant tout qui fera la différence. J'étais très tenté par le plein format mais n'étais pas du tout persuadé que je le "méritais" ni allais être à la hauteur. Je savais aussi qu'en passant vers ce type de boîtier un peu plus "expert", je n'allais plus avoir aucune excuse si je produisais des images médiocres...

Malgré tout, après beaucoup d'hésitations, j'ai fini par casser ma tirelire pour me procurer le modèle EOS 6D de Canon. Je l'ai reçu il y a quelques jours. Je l'ai aussitôt équipé de mon 50 mm f/1.4 offert par ma femme et mes enfants à la Noël. Je dois bien reconnaître que le 6D lui va mieux que mon 650D qui m'a fidèlement servi jusqu'à ce jour. Je vous livre ici mes premières impressions. Il ne s'agit nullement d'un test, juste une prise en main et un partage des premières sensations que le passage au "full frame" m'a procurées.

Pour des tests complets du 6D, je vous invite à suivre les liens suivants :

Prise en main et test terrain par Franky Giannilivigni, alias "Darth",
- Revue "en profondeur" par Digital Photography Review (en Anglais),
- Test terrain par Marc Charbonnier.

Prise en main du Canon EOS 6D

C'est lourd !

Ça m'a amusé de lire dans la plupart de tests que le 6D était léger et compact. Tout est question de référence bien sûr mais venant d'un EOS à 3 chiffres je trouve le 6D beaucoup plus volumineux et lourd. Bon, il n'y a pas que le boîtier mais quand même : entre le 650D équipé de son zoom 18-55 mm et le 6D équipé du 24-70 mm, f/4.0, on passe de 850 à 1470 g ! Avec les optiques qui, elles aussi, sont plus volumineuses, je sens que le sac à dos dans lequel je logeais jusqu'à présent sans souci tout mon matériel va devenir rapidement trop petit. Ceci dit, malgré le poids, le boîtier tombe parfaitement dans la main. La poignée est bien dessinée, particulièrement ergonomique et les différentes commandes viennent se placer naturellement sous le pouce droit.

Y a de la lecture !

Si comme moi vous êtes du genre à lire les notices intégralement, vous aurez le temps de recharger quelques batteries avant de vous servir de votre boîtier ! La notice du 6D fait 406 pages sans compter le manuel spécifique pour le GPS et le Wifi qui en fait 173 ! C'est assez indigeste mais ça vaut vraiment la peine de tout lire au moins une fois car il y a pas mal de petites astuces, de petits plus susceptibles d'améliorer votre vie de photographe et qui ne se découvrent pas forcément de façon intuitive. Un exemple ? Et bien justement à propos des batteries, le 6D vous permet d'enregistrer individuellement chacune de celles-ci et de suivre leur utilisation ainsi que leur état de santé. Ça n'aidera jamais à faire de meilleures photos mais qui sait, peut-être qu'un jour cela vous évitera de louper LA photo en tombant bêtement à cours de jus.

Le viseur : waouh !

Là maintenant, je comprends mieux quand Darth insiste toujours sur l'importance de la qualité du viseur. Poser l’œil dans l'oculaire du 6D, c'est un peu comme entrer dans une salle de cinéma ! C'est grand, c'est spacieux, on se sent à l'aise. Parfait pour bien composer. Même si, parait-il le viseur du 6D rogne un peu l'image et n'en restitue que 97%.

Quel silence !

Le son du déclencheur est doux et il est possible de la mettre en mode silencieux. C'est n'est pas un gadget pour moi. C'est un vrai plus. Combiné avec l'extinction du bip de confirmation de mise au point on devient vraiment très discret. Je sens que cela va m'être bien utile, moi qui déteste me faire remarquer lorsque je prends des photos. Très utile aussi pour la photo animalière ou de concert. Il faut toutefois accepter de faire un petit compromis sur la cadence des rafales qui, déjà en mode normal, n'est pas extraordinaire sur ce boîtier. On passe ainsi de 4,5 images/sec en mode normal à 3,5 images/sec en mode silencieux.

Place à l'image, ça pique !

Mais trêves de bavardages. Un appareil photo c'est fait pour prendre des photos. Place à l'image. Là, la première impression c'est que ça pique ! Je vous laisse apprécier, l'image initiale telle que livrée par le capteur, sans recadrage...

Chevaux - 03

...et un "crop".

Chevaux - 04

On apprécie la finesse des détails !

La plage dynamique

Je me suis laissé aller à un solide contre-jour, tôt ce matin. Ça marche plutôt bien.

Lever du jour

La montée en ISO

Il parait que ça reste un des gros points forts de ce modèle malgré le fait qu'il ne figure plus parmi les plus récents. Le modèle est en effet sorti fin 2012.

Je vous livre ici un cliché de ce tapis d'anémones au pied de mon ami, ce vieux chêne qui borne mon terrain (plus de 150 ans, comme quoi l'âge du 6D est très relatif !), sous la lumière de fin du jour...

anémones-01

Vitesse : 1/80 sec - ouverture : f/4.0 - sensibilité : 100 ISO

 

... et puis un peu plus tard après le coucher de soleil. J'ai gardé une ouverture de f/4.0 pour conserver quand même un peu de profondeur de champ et ai augmenté la sensibilité jusqu'à obtenir une vitesse d'au moins un 1/50 sec vu que ma longueur focale était de 50 mm et que je n'utilisais pas de trépied. Ah !, cette fameuse règle empirique enseignée patiemment par Yoda et qui (re)devient du coup plus facile à utiliser en plein format !

anémones-02

Vitesse : 1/80 sec - ouverture : f/4.0 - sensibilité : 25 600 ISO

 

Je vous ai fait un crop dans la zone de netteté pour que vous puissiez apprécier le niveau de bruit. Je précise que la fonction de réduction du bruit en ISO élevé était activée, niveau "standard" et que la fonction de réduction du bruit pour les expositions longues était activée, elle aussi, en "auto".

anémones-03

Vitesse : 1/80 sec - ouverture : f/4.0 - sensibilité : 25 600 ISO
  

Clairement, le 6D en a sous le pied et je crois que lorsque cela s'avérera nécessaire, je pourrai me permettre de monter jusqu'à 6 400 voire même 12 800 ISO sans trop de craintes.

L'autofocus, un peu faiblard ?

On dit du 6D que son autofocus n'est pas des plus convaincants. Je n'en doute pas, mais là aussi c'est une question de référence. Venant du 650D, j'ai plutôt le sentiment d'avoir en main quelque chose de plus performant. C'est vrai qu'à la lecture des spécifications, le plus récent 7D mark II, qui est à peu près du même ordre de prix que le 6D, semble bien plus réactif au niveau de son autofocus. Mais le 7D mark II est équipé d'un capteur APS-C... Choisir c'est renoncer et je ne vous cache pas que mes hésitations ont été longues.

Personnellement, c'est surtout le fait que les collimateurs soient fort rassemblés au centre du viseur que je trouve le plus pénalisant et il est vrai que la pratique du "verrouillage de la mise au point - recomposition" s'impose dès lors assez souvent.

Un point fort tout de même de l'autofocus du 6D et que personne ne conteste, c'est l'accroche du collimateur central en condition de très faible éclairement. Je l'ai testé et c'est vrai que c'est assez bluffant. Il accroche encore quand on n'y voit presque plus rien !

Un bouton pour chaque chose

Là franchement, du point de vue ergonomie, c'est un très gros plus lorsque l'on vient d'un EOS à trois chiffres. Sur le 6D, chaque bouton est dédié à une et une seule fonction et il n'est plus nécessaire de mémoriser des combinaisons de boutons pour obtenir ce que l'on veut. Tout devient simple et intuitif. La possibilité de faire le réglage en manuel avec un molette dédiée à l'ouverture et une autre réservée à la vitesse offre vraiment beaucoup de confort. Le multicontrôleur à huit positions est aussi un gros avantage et facilite grandement la sélection du collimateur d'autofocus. Au passage, je ne peux que vous recommander de paramétrer celui-ci pour sélectionner directement le collimateur sans même plus passer par la touche d'activation de la sélection du collimateur. J'appréciais beaucoup l'écran tactile du 650D mais il était presque un passage obligé car pour beaucoup de paramètres, l'écran était le seul moyen de pouvoir les modifier. Ici sur le 6D chaque paramètre dispose de son bouton de commande dédié et du coup l'écran tactile se justifie moins selon moi, sauf....

Mais ou est passée ma balance des blancs ?

... sauf pour le réglage de la balance des blancs. C'est quoi cet oubli ? Pourquoi n'y a-t-il aucun bouton affecté au réglage de la balance des blancs ? Là je ne comprends pas les ingénieurs de Canon. Bon ok, lorsque l'on shoot en raw la balance des blancs est toujours modifiable à posteriori mais je fais encore partie de personnes qui considèrent que l'image se soigne d'abord au moment de la prise de vue et j'aime bien, lorsque j'ouvre un fichier raw dans mon logiciel de post traitement que celui-ci soit le plus abouti possible. Même au niveau de la personnalisation, il n'y a aucune possibilité d'affecter le réglage de la balance des blancs à un bouton physique. Donc, du coup, passage obligé par les menus ou l'écran de contrôle rapide pour ajuster ce paramètre. Dommage ! Au niveau de la balance des blancs, il y a quand même un plus que je n'avais pas sur mon 650D, c'est la possibilité de régler directement la température des couleurs sur une échelle en Kelvin.

Le back-button

Le "back-button" fût une réelle découverte pour moi. Je me demandais au début à quoi servait ce bouton intitulé "AF-ON". Il me semblait totalement redondant avec le bouton de déclenchement et dès lors parfaitement inutile. Je n'en voyais absolument pas l'intérêt. La notice n'est pas très explicite à son sujet et c'est seulement en faisant quelques recherches sur le net que j'ai compris son utilité et là, ce fût comme une révélation. En affectant uniquement l'ajustement de l'exposition au bouton de déclenchement et en attribuant la focalisation à ce bouton "AF-ON" qui tombe sous le pouce droit, on découple ces deux commandes qui sont par défaut rassemblées sur le déclencheur. On ouvre ainsi un champ de possibilités nouvelles. Il me faudra encore un peu de temps pour m'y habituer et en maîtriser toutes les subtilités mais je sens que le potentiel est important.

L'absence de flash intégré, la présence d'un GPS et du Wifi

L'absence de flash ne me gêne pas. Sur mon 650D qui en était équipé, j'utilisais déjà systématiquement un flash cobra lorsque cela s'avérait nécessaire. Le GPS est certainement un plus. J'apprécie de pouvoir localiser mes photos mais ce n'est pas ça qui a orienté mon choix vers le 6D. Il est parfaitement possible de tracer ses déplacements avec son smartphone et de géolocaliser ensuite ses photos, dans Lightroom, par exemple. En plus, le GPS tire pas mal sur la batterie de l'appareil photo. En ce qui concerne le Wifi, j'espérais naïvement que cela allait peut-être me permettre de transférer les fichiers raw sans retirer la carte SD du boîtier. C'est possible techniquement mais pratiquement irréaliste car bien trop lent. En revanche la possibilité de déporter l'écran et les commandes de votre boîtier sur votre smartphone est plutôt sympa et je ne doute pas qu'un jour je serai très heureux de pouvoir m'appuyer sur cette méthode. Cette solution est également une bonne alternative à l'écran orientable qui n'est pas présent sur le 6D.

Chevaux - 05

Conclusion

Passer d'un EOS à 3 chiffres à capteur APS-C vers le 6D en plein format procure cette impression d'en "avoir sous le pied". Ça ne fera jamais de moi un meilleur photographe mais ça ouvre cependant un certain nombre de portes et donne ce ressenti d'avoir la possibilité d'aller plus loin. Il ne me reste plus qu'à l'exploiter !


2 commentaires pour “Je passe au plein format !


  1. Jean-Luc Busquet (jldag) a écrit :

    Ton émotion fait plaisir à lire. Tu en arrives à commettre quelques coquilles :
    « J’ai gardé une ouverture de f/0.4 pour conserver quand même un peu de profondeur de champ »
    Je pense que tu voulais parler de f/4, non ?

  2. Hihi, aurais-je mis la main sur cet objectif dont rêvent tous les photographes ? Bien vu Jean-Luc. Je corrige ça. Et merci de ton passage, ça fait toujours très plaisir !

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